FAQ / La tradition polyphonique en questions

Quelles sont les origines de la polyphonie corse ?
Comment protéger la polyphonie corse ?
Quelle est la spécificité de la technique polyphonique corse ?
Qu’est- ce que le riacquistù ?

Quelles sont les origines de la polyphonie corse ?
Dominique SALINI, ethnomusicologue à l’Université de Corse propose une analyse anthropologique, linguistique et sociologique qui veut s'émanciper des repères et référents esthétiques de la culture savante occidentale, dont les sources sont essentiellement écrites.
Pour elle, le para-musical conditionne le musical car une société traditionnelle, porteuse d’une culture qui se livre dans la transmission orale de ses savoirs, ne peut être identifiée que par ses modes d’expressions culturelles et le choix de ses réalisations.
Essentiellement appris et transmis de bouche à oreille sans recours à l'écriture, les chants traditionnels corses font partie des derniers vestiges des grands courants musicaux de tradition orale du Bassin Méditerranéen.
La région la plus réputée pour la qualité de ses polyphonies, le dynamisme de la tradition ainsi que le rôle de certaines familles dans la perpétuation du patrimoine, se situe dans le nord et le Centre de la Corse Ceci pourrait donner à penser que dans certaines régions, en particulier celles de l'intérieur montagneux, ce type de chant a été pratiqué plus qu'ailleurs, peut-être même, généré par mimesis avec l'espace physique environnant.

Contrairement à Dominique SALINI, Marcel Peres estime que les traditions musicales orales peuvent être étudiées en relation avec les informations transmises par les sources écrites (livres de chant des XVII et XVIIIème siècles conservés en Corse).

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Comment protéger la polyphonie corse ?
En application de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine immatériel de l'Unesco ( Télécharger le document, Format pdf ), Petru Guelfucci et Jean-Paul Poletti ont proposé à l 'Assemblée de Corse de demander à la France d'inscrire la polyphonie traditionnelle corse sur la liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. L'Assemblée de Corse a adopté, à l'unanimité, la proposition du Conseil Exécutif en novembre 2005.
L'implication des « communautés concernées qui créent et entretiennent la patrimoine culturel immatériel » étant rendue obligatoire par la Convention, le Centre de Musiques Traditionnelles de Corse organise, les 22 et 23 juin 2006, à l'Eden Roc (Ajaccio), les premières rencontres sur le thème: Patrimoine culturel immatériel et transmission: la polyphonie corse traditionnelle peut elle disparaître?


( Télécharger : le programme les intervenants )

Contact: Centre de Musiques Traditionnelles de Corse 04 95 46 05 05 - sermanu28@hotmail.com

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Quelle est la spécificité de la technique polyphonique corse ?
Selon Dominique Salini, on dénombre plusieurs genres polyphoniques : a paghjella, u madrigale, u terzettu, a messa di i vivi, a messa di i morti.
La polyphonie corse traditionnelle est essentiellement transmise dans l’oralité, sans recours à un quelconque système d’écriture.
Contrairement aux polyphonies sardes et siciliennes qui souvent accompagnent les danses et se rapprochent ainsi du chœur, la polyphonie corse est toujours chantée a capella et se présente comme un véritable processus par tuilage.

Quelque soit le genre, la polyphonie corse se chante à trois voix, contrairement à ses voisines qui, elles, en comptent quatre. Les trois voix, désignées de manière très métaphorique, entrent toujours dans le même ordre : a seconda commence, suivie par u bassu et a terza achève l’espace harmonique.

A la différence des autres polyphonies, la polyphonie corse se déploie suivant le rythme du souffle et de la respiration, ce qui lui confère une grande souplesse d’exécution.

Parce que, comme toute polyphonie populaire, la polyphonie corse se transmet oralement, toute réalisation polyphone exige un code comportemental précis de la part des exécutants. Les chanteurs ne disposent pas des repères que sont pour la musique savante, le métronome, le diapason, la partition et le chef. Dans ce cas, l’exécution ne peut se faire que si est respecté un code d’entente : l’œil, l’oreille et la bouche fonctionnent en quelque sorte en circuit fermé et la disposition en cercle devient la condition obligée à la réalisation harmonique.

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Qu’est- ce que le riacquistù ?
Pour Dominique Salini, dans les années 70, la musique est devenue porte-parole du mouvement du riacquistu (réappropriation) avec la constitution du groupe culturel Canta u populu corsu qui va trancher avec la mode du chanteur de charme incarnée par Tino Rossi, les chorales folkloriques (A manella) et les duos avec accompagnement de guitare (Regina et Bruno).
Pendant une vingtaine d'années, le phénomène de groupe a proliféré, l'expression musicale se situant toujours dans l'ambiguïté tradition/création. L'intention première des groupes culturels était sans aucun doute de perpétuer un patrimoine à un moment où les conditions socio-culturelles n'étant plus les mêmes et où l'apprentissage hors du réseau familial ou communautaire devenait indispensable.
Aussi leur démarche fut, en elle-même un outil pédagogique, l'enregistrement servant au-delà de la simple constitution ou conservation d'une mémoire, d'instrument didactique, substituant à la transmission orale un autre mode de communication somme toute relativement proche.
Un autre mode de transmission s’est fait jour et simultanément, un autre type d'apprentissage tendait à remettre en question l'indispensable appartenance stricte à un groupe authentifié par sa pratique spécifique du chanté, appartenance comprise jusqu'alors comme seule critère d'authentification de la tradition.
Progressivement, les groupes ont été des relais éducatifs pour ceux qui n'avaient pas pu hériter de la tradition polyphonique.

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